Productions sous couvert forestier : cacaoyères agroforestières

13 novembre 2020

Cacaoculture agroforestière en Afrique : l’art de concilier production durable et services écologiques
Ce numéro est aussi disponible en version anglaise et espagnole sur le site des revues du Cirad.

Bien que la culture monospécifique de cacaoyers reste très majoritaire en Afrique, ce modèle agricole est à bout de souffle. Une série de travaux menés au Cameroun par le Cirad et l’Irad montre que la cacaoculture agroforestière peut constituer une alternative crédible à la cacaoculture monospécifique. À partir d’un indicateur issu de la sylviculture, les chercheurs ont pu établir le ratio de cacaoyers offrant le meilleur compromis entre rendement, stockage du carbone et durabilité. Cet indicateur pourrait être adopté pour la certification du cacao durable. Des travaux à découvrir dans le dernier numéro de Perspective.

Depuis les années 1960, la cacaoculture associant arbres fruitiers et forestiers aux cacaoyers reste déconseillée aux agriculteurs en raison de son supposé faible rendement. Cette pratique traditionnelle perdure malgré tout dans plusieurs pays d’Afrique tel que le Cameroun, cinquième producteur mondial de cacao.

La cacaoculture en agroforesterie, plus productive que prévu

De récents travaux menés dans ce pays par le Cirad et l’Institut camerounais de recherche agronomique pour le développement (Irad) démontrent que la présence d’arbres dans les cacaoyères permet d’obtenir des rendements plus élevés qu’il n’y paraît. À partir de comptages de cabosses réalisés sur plus de 160 cacaoyères agroforestières, les chercheurs ont pu estimer leur rendement moyen à 740 kg de cacao par hectare, voire bien davantage dans certains cas. C’est trois fois plus que les niveaux de production mentionnés jusqu’ici dans les quelques études qui avaient été réalisées, souvent à dire d’agriculteurs.

75 tonnes de carbone stockées par hectare

Canopée d'arbres associés à une cacaoyère agroforestière © Cirad, A. Nijmeijer

Outre ce rendement tout à fait honorable, les cacaoyères agroforestières permettent de piéger d’importantes quantités de carbone. Lorsque le nombre et la diversité d’arbres associés y sont suffisamment élevés, le stockage du carbone y atteint en effet 75 tonnes par hectare, soit la moitié de la capacité de stockage des forêts secondaires locales.
Dans certaines parcelles, ce compromis entre production de cacao et piégeage du carbone s’accompagne d’une meilleure régulation de deux bioagresseurs majeurs des cacaoyères : la pourriture brune des cabosses et les mirides, insectes piqueurs-suceurs entraînant la mort progressive des cacaoyers. Pour limiter l’impact de ces bioagresseurs, les cacaoculteurs modulent en permanence l’ombrage procuré par les arbres associés ce qui leur permet d’utiliser moins de pesticides pour la protection phytosanitaire de leurs vergers.

La surface terrière comme indicateur global

Afin d’évaluer le meilleur compromis entre production de cacao, services écologiques et durabilité des cacaoyères agroforestières, les agronomes du Cirad et de l’Irad se sont appuyés sur la notion de surface terrière. Cet indicateur issu de la sylviculture correspond à la surface de la section d’un tronc d’arbre mesurée à un mètre du sol environ.
Appliqué à l’échelle de la cacaoyère, il permet de calculer le rapport entre la surface terrière de la totalité des cacaoyers et la surface terrière de l’ensemble des arbres présents dans la parcelle. Les chercheurs ont ainsi montré qu’une surface terrière relative entre 40 et 50 % offre le meilleur compromis entre rendement en cacao et longévité de la cacaoyère.

Repenser la certification du cacao durable

Pour bénéficier des services écologiques fournis par les arbres associés aux cacaoyers, les travaux conduits au Cameroun montrent qu’il faut une centaine d’arbres par hectare. C’est bien plus que les recommandations des programmes de certification actuels. En outre, la plupart des autres critères de certification, comme le niveau d’ombrage ou le couvert de végétation indigène, ne permettent pas d’évaluer réellement le compromis entre production de cacao et services écologiques.
À la fois précis, facile à mesurer et adaptable aux conditions locales, la surface terrière relative des cacaoyers pourrait parfaitement remplir ce rôle. Restent désormais à convaincre les standards volontaires de durabilité de la pertinence de privilégier cet indicateur comme outil de certification d’un cacao durable.

Extrait de la page du CIRAD